GROUPE DE RECHERCHE ET D'EXPERIMENTATION THEATRE ENSEIGNEMENT
Le GRETE vous souhaite une nouvelle année pleine de projets.
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FORMER LE JEUNE SPECTATEUR ?

Quelques points de vue peuvent nous éclairer:

-" Le spectateur pour l'auteur, n'est autre qu'un autre auteur...Si nous parlons d'oeuvres d'auteur, nous devons par conséquent parler du rapport entre auteur et destinataire comme d'un rapport dramatique entre un individu et un autre démocratiquement égaux. Le spectateur n'est pas celui qui ne comprend pas, qui se scandalise, qui hait, qui rit ; le spectateur est celui qui comprend, qui sympathise, qui aime, qui se passionne. Ce spectateur est aussi scandaleux que l'auteur…(Pier Paolo Pasolini "l'expérience hérétique")

-"A un moment où l’institution évalue les retombées du théâtre sur les apprentissages , la socialisation, la formation. Les bienfaits de la pratique théâtrale sont enfin reconnus.
Osons dire que le théâtre ne sert à rien, et pourtant qu’il est essentiel; osons le partage que propose cet art, osons la perte : celle du temps, des savoirs pour mieux rencontrer l’être ; tout enseignant devrait être concerné et faciliter cette rencontre des jeunes avec le théâtre pour que les élèves fassent cette expérience de la rencontre avec une oeuvre, une esthétique, un texte, une langue qui ne sera jamais la leur.Faut-il apprendre au spectateur à découvrir cette singularité ?
Et si le spectacle ne permettait pas de comprendre le monde mais seulement de l’interroger.
Du théâtre, lieu d’où l’on regarde, jeu de symbolisation, le spectateur construit son spectacle et refait à reculons le parcours de la création.
Enseigner ce n’est pas seulement donner des connaissances, une culture mais c’est surtout s’adresser à l’être pour qu’advienne un sujet, lui donner des repères certes mais aussi favoriser l’expérience du relatif, du singulier de l’altérité pour qu’il puisse vivre avec les autres,. Faire l’expérience de la modernité,dans un monde où le sens se dérobe, sans être déstabilisé pour affronter la béance, le vide sans de faux remplissages reste essentiel. Enseignants, devenons des passeurs de théâtre où identité et dialogue empêcheront que des murs se dressent, que des ghettos se construisent. - M.G


-« Billet d’humeur. Humeur contre ce qui ne peut être “école”... Ecole de spectateur.«Circonspection face à l’intérêt qu’on lui accorde, à ce spectateur, qu’on lui “prête...” pour quel intérêt? Qui en tire profit? pour combien de temps?
Quelle quantité d’énergie pour mettre en marche ces machines, ces “convois” de spectateurs. Machines qui s’arrêtent, se grippent, se rouillent dès qu’on ne les “asticote” plus... Quels chemins parcourent-ils? A quelle profondeur les conduit-on? Au prix de quels souffles venus de part et d’autre maintient-on ces moulins en route?
Combien de spectacles montrer en une, deux ou trois années à ces “passagers” que sont nos élèves pour que nous les ayons mis à “bonne école”? Lesquels?
Dans la multitude qui nous est proposée : nous sommes sollicités, suppliés, par tant de troupes, de groupes, de scène; connus ou inconnus qui nous attendent, nous ouvrent leurs portes, leurs coulisses, sont prêts à venir nous voir, nous montrer, nous expliquer... Qui rejeter? Qui retenir?...
Et si un seul spectacle plusieurs fois devenait une des solutions... avec toutes les références et les approfondissements possibles ...q. (La Mouette de Tchékhov cette année?).
Mon expérience de guide laisse une large part à l’amertume d’avoir si peu éveillé de vocation de guide. Toujours des suiveurs plus ou moins résignés, plus ou moins confiants. Devenir le précepteur de cette école? Connaître le bon “programme”? Savoir comment le traiter? Avoir une idée assez précise des questions qu’il va susciter? Etre prêt à y répondre? Belle école d’humilité où il faudra ériger en règle le “je ne sais pas”... le “je tâtonne” sans pouvoir ni prévoir ni croire à ses propres choix dans la forêt des possibilités offertes (spectacles en tous genres)...
Doutes si énormes qu’il faut les taire et être prêts tous ensembles à finir l’année bourrés de regrets pour tous les “à ne pas rater” non vus et les “insupportables” sur lesquels on est tombé... avec l’espoir tout de même que quelques lumineux instants éclairent la route de chacun.».A.H


Un laboratoire du spectateur ? (1) L'expérience de la représentation.
M. G.
Le Théâtre est-il coupé des préoccupations de notre société ? Les jeunes ne s’y reconnaissent-ils pas ? N’ont ils plus aucun lien avec notre culture ? Le théâtre a-t-il besoin de clients, d’un public pour demain ? La pratique théâtrale serait-elle l’antichambre pour devenir spectateur ?
Lors d’une rencontre GRETE sur “La Représentation” comme tous nos thèmes abordés sous les deux versants du “Faire et du Voir”, les élèves présents ont affirmé la nécessité d’une école du spectateur pour leur faire découvrir, leur donner le goût, mais aussi leur faire connaître les conventions, l’histoire du théâtre.
Une école, parce qu’il est difficile de faire l’expérience de spectateur dans le noir du théâtre pendant plusieurs heures quand on a l’habitude de zapper (2), difficile de faire silence en soi, écouter l’autre vie sans commenter ; difficile de laisser venir des émotions, de les gérer, de différer, et disent-ils “c’est en vrai, pas comme à la télé”, “ça transforme, c’est de la vie, c’est en direct, ça peut bouleverser”.
C’est difficile de se sentir dans un même espace avec d’autres côte à côte, public anonyme dont les liens se tissent peu à peu, sentir l’autre, le corps de l’autre, sa respiration, le souffle à l’unisson, le silence, les rires ; corps des spectateurs, corps des acteurs, c’est difficile; le corps est l’élément primordial, il est au centre de l’expérience théâtrale, de même que l’inconscient du spectateur.
On se défend de la sueur, des postillons, des vibrations, de la vie quoi, mais aussi de l’ennui. Ça remue à l’intérieur, les sensations, il faut apprendre à les laisser venir, se laisser traverser par l’expérience, laisser pénétrer ces images par effraction mettant en éveil les profondeurs de la mémoire qui fait vivre des pans entiers de la psyché.
Mais c’est aussi plus facile, l’anonymat du noir permet de cacher mes émois, me permet la distance, moi et un autre. Un travail en sourdine sur une autre scène qui se dissimule dans les profondeurs de l’être, entendre quelque chose se formuler en soi, sans l’avoir cherché et accepter la contradiction : c’est difficile et l’on se défend : “le théâtre bof”, ou bien l’on parle avec sa voisine et l’on dit “on s’ennuie au théâtre”.
Pourtant la représentation a ses vertus : cérémonie ou l’on attend l’autre, rires et silence insuffleront de la force ou en retireront à l’acteur, donc le spectateur a un rôle essentiel à tenir, et les élèves doivent y être initiés.
Le spectacle mobilise un regard, l’adresse à l’autre : il permet comme le rêve un dévoilement.
ll faut prendre le risque avec la jeunesse, donner le droit au rêve, à la non rentabilité, à ce que nous ne connaissons pas. Ne faire du spectacle qu’une analyse intellectuelle c’est peut être faire fausse route, laissons émerger la béance, organisons autour de ce vide.
Comprendre les signes, être averti des systèmes de références, apprendre que le théâtre a une histoire à laquelle les formes actuelles se réfèrent , avoir une culture, reconnaître les présupposés, les choix esthétiques, culturels, sociaux, pouvoir les démystifier c’est aussi être en mesure d’apprécier, de comparer, découvrir ses goût profonds, de n’être plus spectateur naïf mais savoir déchiffrer le monde.
Quelque chose a eu lieu.
La représentation met en signes (“tout est signe mais aussi tout est jeu”) le regard de spectateur ne doit pas être modulé par l’élaboration d’une grille de lecture : attention au système clos de signification car la scène n’est pas un lieu de certitudes ni de vérités, tout s’y métamorphose, jouer c’est déplacer les signes, la théâtralité est interrogation du sens.
Le spectacle s’adresse au spectateur singulier, à sa disponibilité, à sa subjectivité quelque soit son origine sociale et son niveau de connaissance. Le laboratoire du spectateur doit ouvrir la sensibilité et non pas renforcer l’intellectualisme de l’école.
Former le regard pour permettre un plaisir plus grand. Permettre qu’une parole s’ élabore.
Etre spectateur c’est un acte d’amour dans cette société de haine; il ne s’agit pas pour moi de former un spectateur mondain cultivé mais un être sensible responsable et cultivé, capable de s’engager ; un spectateur responsable a un rôle essentiel à jouer dans le spectacle, comme dans la démocratie, le citoyen
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GROUPE DE RECHECHE ET D'EXPERIMENTATION THEATRE ENSEIGNEMENT - www.grete.org - Mention Légale
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ECOLE DU SPECTATEUR
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