SEMINAIRE ARTISTES EN MILIEU SCOLAIRE
A
la demande d'artistes intervenant en milieu scolaire, le GRETE, qui
a déjà travaillé sur le partenariat Education
Nationale / Culture (cf dossier GRETE), a organisé des rencontres
en direction des intervenants des ateliers de pratique artistique
et des options.
Il s'agissait:
- d'ouvrir un espace de parole pour les artistes,
- de constituer un groupe pour que les informations circulent entre eux,
- de clarifier des axes de travail qu’ils mènent ,
- de questionner le théâtre en milieu scolaire,
- de définir et de mieux situer le rôle et la place de l'artiste à l'école, école
du jeune spectateur
- de rendre visible tout le travail effectué,
- de constituer une force de réflexion et de proposition école
du jeune spectateur
Différents sujets ont été évoqués lors des
séances tenues à la Maison des Associations - Marseille :
- «la confrontation des pratiques»
- «l’artiste et le travail artistique à l’école»
- «les objectifs - le partenariat»
- «intérieur/extérieur, ou l’intervenant entre l’art,
l’école et la cité» école
du jeune spectateur
Les intervenants ont déterminé des axes de travail à partir
desquels le GRETE les a invité à écrire un texte pour
présenter leur démarche personnelle d’intervenant-théâtre
en milieu scolaire en partant de ce qu’ils font réellement, autour
des thèmes suivants :
- motivations et objectifs
- comment et pourquoi ? démarche artistique (?). formation du spectateur
(?). école
du jeune spectateur
- repères et méthodes
- statut, relations aux élèves, aux enseignants, aux projets,
aux structures théâtrales, aux institutions et à la cité.
Ils ont envisagé plusieurs possibilités pour poursuivre leurs échanges
: études de cas, stages, colloque, journal, charte.
Lors de la réunion de rentrée et suite au dépouillement
des souhaits des intervenants le GRETE propose de poursuivre la réflexion
et qu’une contribution spécifique du groupe des intervenants puisse
avoir lieu lors du colloque que le GRETE organise sur le thème «Théâtre,
Art, Ecole et Société». Montage de textes théoriques
et personnels avec interventions lors du colloque. Ce qui fut fait.
Il a été décidé un chantier commun aux intervenants
de théâtre et aux enseignants du GRETE pour que l’art vive
dans l’école sous forme d’un stage conjoint; thème
de travail : ” Echange sur les pratiques et comment approcher le
théâtre contemporain avec des élèves”.
Ce stage de quatre jours en présence d’auteurs en particulier
Jean Marie Piemme s’est organisé à la Chartreuse autour
de moments de lecture, d’ateliers de pratique théâtrale
, de rencontres et de débats sur des thèmes de travail en partenariat.
D'autre part les artistes intervenants ont demandé que le Grete intervienne
auprès de la Drac pourqu'ils puissent exister et exposer leurs préoccupations
vis à vis des structures culturelles qui font leur font appel pour
les interventions en milieu scolaire et refusent d' accueillir leurs créations.
Ce qui fut fait.
COMPTE RENDU DE LA COMMISSION:
Ce compte rendu réalisé à partir des témoignages
, débats et écrits des personnes intervenant en théâtre
dans les ateliers et options, en partenariat Education Nationale/Culture, qui
ont participé à la commission “intervenants” et qui
représentent une large majorité des ateliers est tout à fait
représentatif.
* Il s’agit presque à 100 % d’intermittents du spectacle,
peu de permanents donc.
* Ce travail fait avec les élèves, il le considère tous
comme « artistique »; il est donc à terme mis en question
puisque les ASSEDIC, eux, ne le considère pas comme tel.
La plupart interviennent dans les ateliers de pratique artistique, les options
théâtre qui ont deux épreuves et coefficient 6 au bac les
questionnent sur leur statut : «avec le programme je suis en situation
d’enseignant, je fais de la pédagogie artistique» dit l’un; «ça
m’enrichit de devenir pédagogue, de théoriser ma pratique» dit
l’autre - ce qui prouve bien que l’enseignement du théâtre
est différent de la démarche de l’atelier où l’artiste
se retrouve dans ce qu’il sait faire.
* Comment se nomment-ils eux-mêmes ?
50 % Artiste, sinon Artiste/Intervenant, Artiste/Animateur, Artiste dramatique,
Passeuse de théâtre et rarement Animateur ou Artiste indépendant,
car la plupart (80 %) appartiennent à une compagnie où ils jouent
et seulement 20 % se considèrent prestataires de service pour la structure
théâtrale qui les embauche et qui, souvent, n'invite pas leur
création qu'il déconsidère ainsi.
Cette question de l’artiste paraît d'autant plus aiguë, pour
le milieu scolaire, que les institutions culturelles privilégient désormais
les lieux plutôt que les compagnies, pour simplifier la gestion culturelle;
et d'autre part, les DRAC, avec les nouvelles dispositions sur les compagnies,
ne financeront plus leur fonctionnement mais seulement le projet de création,
lorsqu'elles ne sont pas en convention, ce qui représente à peu
près la totalité des compagnies intervenant en milieu scolaire;
il y a donc danger : les artistes qui se sont investis ces dix dernières
années dans le milieu scolaire dans notre région en même
temps que dans leur création professionnelle le pourront-ils encore
demain ? Et les artistes en résidence dans les théâtres
pourront-ils assurer un travail artistique ou l'ère du culturel est-elle
totalement triomphante ?
Le GRETE, après accord des participants qui ont longuement écrit
sur ces questions, propose des extraits qu'il a choisis, non pas de manière
exhaustive, mais pour faire entendre des paroles personnelles qui soulèvent
ainsi dans leur juxtaposition de nouveaux questionnements.
Un journal spécial sur ce thème a été distibué (Bulletin
N° 25 du Grete).
POINTS
DE VUE D’ARTISTES INTERVENANT*
*" Etre artiste est une attitude".
Une réaction au monde qui nous entoure, comme le délire du malade
mental.
Une tentative de réappropriation théorique ou poétique
du monde.
Dans le meilleur des cas, elle retrouve le chemin du corpus social et s'y insère.
L'artiste peut alors vivre, subsister de sa production, la légitimité de
sa poétique devient admise, reconnue . Encore une fois, dans le meilleur
des cas.
Faire du théâtre en 1998, est-ce être encore un artiste
?
L'instrumentalisation de notre société a fait du théâtre
(encore plus que pour les autres Arts) avant tout une pratique.
Pratique de plus en plus réglementée, inspectée, instituée,
normalisée, inscrite dans le temps et l'espace. Jamais nous n'avons
autant entendu le mot de “ professionnel “. Les écoles d'acteurs
prospèrent.
Je ferai toujours pour ma part un distinguo hiérarchique entre les artistes
interprètes et ceux/celles porteur/ses de cette urgence vitale de produire
du sens (auteurs, metteurs en scène, etc... et encore pas tous).
« Il ne nous reste qu'une ressource face à la mort: faire de l'Art
avant elle » René Char.
Etre artiste est, pour moi, une tentative de réponse à mon mal être,
ma peur, mon angoisse d'être au monde, d'être de ce monde.
Et puis par la suite s'est rajoutée la sauce pour m'accommoder de ce
monde. Il faut de l'argent: j'en trouve; il faut séduire: je séduis
- sans morale. Règle du jeu sociale à laquelle je ne peux mais.
Alors qu'est-ce que je fous dans des ateliers/théâtre ?
On est venu me chercher, primo. Sans doute, n'y aurais-je jamais pensé seul.
Ensuite j'ai découvert là une parenthèse heureuse de rapports.
Enfin un lieu dans l'Ecole où l'on parle: plaisir, jeu, désir,
amour, corps.
Où sont bannis, ou du moins le fais-je les notions de résultats,
de sanction, de l'échec, de performance.
Je tente de faire de la maïeutique, car faire comprendre à un individu
que 10 minutes de sa vie peuvent être aussi importante qu'une tragédie
de Shakespeare reste un objectif illusoire, sans doute, mais séduisant.
Je fais avant tout jouer. And “to play is to play” comme le disait
Peter Brook.
L'interprétation théâtrale est un art d'épure. Certes,
il y a les techniques (voix, espace, corps) mais ce ne sont que des techniques,
c'est l'instrumentalisation dont je parlais plus haut qui les a sacralisé,
comme fin en soi.
J'essaie de faire atteindre l'émotion, l'Etre.
Le spectacle, ou la présentation du travail n'est que le prétexte à une
mise en danger, certes orchestrée, mais dont le but reste la découverte
de soi.
Je suis, dans le sein d'un atelier, “l’autre“, ne dépendant
pas de l'Education Nationale, le chargé de l'extérieur. L'incongru.(...)
Mes rapports avec l'institution scolaire ?
Dans le meilleur des cas, les professeurs nous témoignent une gentille
condescendance. Je parle des collègues de nos «partenaires».
Les chefs d'établissement sont souvent plus paradoxalement bienveillants.
Mais j'ai bien souvent peur qu'une rentabilité à court terme
de l'épanouissement (relatif) des élèves soit leur principal
centre d'intérêt. Il faudrait aussi parler du peu de considération
de la plupart des parents qui n'hésitent pas à sacrifier le “théâtre” à des
rendez-vous médicaux, des départs en week-end, etc...
Ce qui me fait tenir ?
Vivre avec les participants des ateliers des instants stimulants, magiques.
Car il est plaisant de jouer.
Voilà, tout à trac, un ensemble de réflexions. Rien n'y
est, tout y est.
(Bernard PALMl - 28 Juin 98)
MOTIVATIONS ET OBJECTIFS
Les motivations et objectifs des intervenants mettent en évidence, à la
fois les expériences passées mais surtout le rapport qu'entretient
l'artiste à la société.
Les compagnies sont davantage préoccupées par leur implantation
dans la cité, et intègrent plus souvent un travail global de
proximité en relation avec leur création, dont le milieu scolaire
est un élément.
Pour tous, il s'agit de transmission d'une passion, d'un art - dans les discussions,
il a été souvent question de refuser les termes de «pratiques» ou «techniques
théâtrales» pour affirmer encore plus qu'il s'agit d'un
art - et qu'il n'est pas souhaitable d'en faire une approche qui deviendrait
de plus en plus culturelle, même dans le milieu scolaire.
L'artiste s'intéresse à la personne et à quel moment doit-il
prendre en compte l'élève et ses difficultés scolaires
? Sur ce plan, ils sont divisés.
MOTIVATIONS
«(...) En développant le pouvoir d'imagination et de création
de tout individu sans exclusive, nous voulons permettre l'intégration
de l'individu dans la société par la formation culturelle et favoriser
le pouvoir de discernement et d'adaptabilité nécessaire à l'évolution
de la société (...)».
(LA BANDE DU ROY RENE)
« (...) Et puis surtout et avant tout... la passion de créer avec
eux des images, des espaces, des fictions, du sens, une autre réalité,
de leur permettre de prendre la parole et le geste et d’inventer dans le
lycée un espace privilégié où les élèves
deviendraient des auteurs et les auteurs de leurs désir, de leur vie (...)».
(Jacqueline GARIN - Grete)
« (...) L'immense plaisir à transmettre, à rencontrer, à chercher, à découvrir, à partager
avec des êtres humains, quelques outils permettant d'affiner son matériau
(...)»
(Judith ARSENAULT)
Tous les intervenants aimeraient échanger leur travail, se voir les
uns les autres. L'envie de faire un stage ensemble c'est aussi pour cela.
OBJECTIFS
« (...) Permettre à l'individu de libérer son imaginaire,
sa fantaisie, sa parole au service du jeu théâtral (donc de formes
métaphoriques qui scrutent le monde)
Et... l'acquisition d'une certaine autonomie et d'une certaine interdépendance
dans un groupe, avec un engagement ludique et poétique (...)»
(Judith ARSENAULT)
« (...) La Compagnie Senna'ga consacre une partie de ses activités à la
formation.
C'est un choix, une volonté, une nécessité.
- Pour former des spectateurs avertis.
- Pour former des êtres humains sensibles, réceptifs, ouverts,
capables de recevoir et de donner; le théâtre s'inscrivant ici
dans un processus de socialisation.
- Pour former des citoyens porteurs d'un regard critique sur le monde, le théâtre
agissant ici comme un vase d'expansion et d'ouverture
La compagnie s'adresse à un public très large et souhaite ouvrir
de plus en plus sa formation à des populations souvent en marge et exclus
des chemins traditionnels de la culture(...)»
(Cie SENNA’GA)
« (...) Les objectifs sont là aussi pour moi de plus en plus reliés à une
recherche artistique “personnelle” ou plutôt une mise en œuvre
quasi permanente de questionnements artistiques autant pratiques que théoriques,
autant réfléchis qu'émotionnels :
1. Faire découvrir en tout lieu, presque en toute durée, quelquefois
d'une manière très rapide, quelquefois sur la durée, que
le théâtre est d'abord la mise en œuvre d'un regard, d'une écoute «autre »:
unir yeux et oreilles autrement (pour le spectateur et pour l'acteur)
2. Faire comprendre ou sentir que la seule spécificité du théâtre
(par rapport à d'autres pratiques artistiques) est une présence
directe d'un corps qui s'adresse de manière multiple à d'autres
selon des codes souvent simples mais spécifiques.
3. Ouvrir, ouvrir, ouvrir des fenêtres sur toutes les «bases» quelquefois
oubliées de cette activité ou plutôt de cette expérience
:
- “espace” scénographie/décor,
- Temps/moment/durée,
- Parole/écriture/corps,
- Regard, vision/imaginaire/réel/symbolique etc (...)»
(Dominique CHANTE)
« (...) Mon premier objectif a donc été de faire connaître
et aimer aux élèves-comédiens ces textes qui pour eux étaient
nouveaux. Souvent, j'ai eu des réactions de rejet, (encore aujourd'hui
certains élèves me disent que les textes de théâtre
contemporain sont hermétiques ou ne les font pas assez rêver parce
qu'ils les replacent dans leur quotidien). Ce qu'ils aiment dans le théâtre
classique ce sont: les mots, les situations, les dialogues, et les sentiments. Évidemment,
tous les élèves ne réagissent pas de la même façon.
Mon deuxième objectif et il rejoint naturellement le premier est d'amener
l'élève à se dépasser.
Découvrir ses possibilités c'est aussi mieux s'ouvrir à l'autre.
Je n'ai pas peur non plus d'écouter les enseignants avec lesquels je
travaille me parler des problèmes de tel ou tel élève,
je ne peux pas exclure le milieu dans lequel j'interviens, et là en
l'occurence il s'agit du milieu scolaire. En quelque sorte, je ne comprends
pas un intervenant qui dirait: « je me fous qu'un élève
soit en échec scolaire, ça ne m'intéresse pas ».
Sans jouer sur le fait que le théâtre peut aider l'élève à vaincre
sa timidité et donc le théâtre deviendrait par là-même
une sorte de thérapie, je pense qu'il est nécessaire pour créer
un groupe qui fonctionne et être à l'écoute des attentes
de l'élève, d'apprendre à le connaître pour l’aider à évoluer.
Je ne cherche jamais à faire de la psychologie, ce n'est pas mon rôle
mais je ne perds pas de vue le fait que j'interviens dans un établissement
scolaire et si le théâtre peut aider un élève à progresser
ailleurs je ne suis pas contre, dans ce sens où le théâtre
l'a révélé à lui. Ensuite, je ne peux pas savoir
aujourd'hui l'impact qu'aura sur lui le théâtre (...).»
(Patricia FIORI)
REPERES ET METHODE
Il est plus difficile, tant les influences sont nombreuses, d'expliciter les
repères et méthodes.
En tout cas, les expériences, sa formation d'origine, les lectures,
les stages, sa relation à l'école sont au centre, mais le projet
semble déterminant dans les choix.«(...) Concrètement :
1. préparation préalable, en fonction du groupe: recherche et/ou
souvent écriture d'un scénario enthousiasmant;
2. travail corporel et vocal explorant la « biomécanique » (démarche,
masques faciaux etc. . . ) et les états intérieurs et leurs gammes
expressives - exploration de la notion de personnage;
3. Chacun joue à tour de rôle les différents personnages
proposés;
4. Distribution (souvent évaluée ensemble) - répétitions
- mise en (échange d'un certain nombre d'éléments).
Les méthodes changent selon les projets proposés et au fil des
années.
Beaucoup d'emprunts puisés dans mes expériences de travail théâtral
et ajustés selon le propos et le groupe (...)»
(Judith ARSENAULT)
«(...) Constantin Stanislavski pour son travail sur la "formation
de l'acteur" et sur la “construction du personnage" ainsi que,
Jerzy Grotowsky pour son travail sur le corps et la voix .Ceci concerne le travail
technique intérieur et extérieur du comédien.
L'Actor's studio et surtout Lee Strasberg pour le travail psychologique et
la réalité esthétique du comédien ainsi que la
manifestation individuelle de l'expression.
Alain Knapp pour son travail sur la création et l'imaginaire (Théâtre-Création).
Augusto Boal pour son travail social d'inclusion du vécu dans une création
collective Théâtre-Forum).
Maurice Merleau-Ponty pour son travail sur la phénoménologie
de la perception et la philosophie du comportement (...)»
(La BANDE DU ROY RENE )
« (...)
4.1 Mes propres émotions.
4.2 Beaucoup de lecture théorique : psychologie de l'apprentissage,
lectures, logique, philosophie, sciences de la vie
etc...; livres de praticiens/théoriciens du théâtre et
enseignement; spectacles que j'aime.
4.3 Repères très forts (parce qu'intégrés à des
démarches) acquis en stages (...)»
(Dominique CHANTE)
LES RELATIONS DE L’ARTISTE INTERVENANT
Elles semblent très bonnes avec les élèves, plus difficiles
avec les enseignants, mais certains affirment au contraire apprendre beaucoup à leur
contact, tandis que d'autres ne savent pas où est leur place, et reprochent
aux enseignants de n'être pas assez formés ou trop formés.
Vis à vis des structures théâtrales, les relations semblent
franchement mauvaises, revendicatives. Peu d’intervenants participent
avec les enseignants à la sortie théâtrale avec les élèves
(problème de financement ?) même s'ils en parlent ensuite. Ces
deux activités, «faire et voir», semblent assez peu liées
dans leur approche. Actuellement, les intervenants s'occupent davantage du
faire que du voir et renvoient ce rôle directement aux théâtres.
Quant aux relations avec les institutions, elles semblent absentes : ou elles
ont lieu seulement avec les responsables de compagnies de théâtre
qui, participant eux-mêmes aux réunions, n' informent pas ou pas
assez ceux qui sont sur le terrain.
Pour la cité, les compagnies semblent davantage reliées et souvent
de manière correcte.
LES RELATIONS AUX ENSEIGNANTS
« (...) La réponse devrait être longue en prenant le temps
d'y répondre...
Globalement, les relations sont authentiques donc plutôt bonnes lorsque
les «ondes» se croisent, et délicates et périlleuses à certains
moments avec par exemple les enseignants lorsque les choix esthétiques
divergent (...)»
(Judith ARSENAULT)
« (...) Les enseignants avec qui je travaille en partenariat sont trop
peu “formés” en général et j’ ai souvent
la pénible impression d'un décalage que je compense par une affectivité (qui
vient souvent d'eux d'ailleurs) réciproque, genre frère/sœur
ou sœur/sœur..
Je me sens souvent très pédagogue avec les enseignants et cela
est frustrant: j'aimerais être confrontée à des situations
plus curieuses où l'enseignant a un bagage théâtral plus
consistant: ça m'intéresse quand ça «pulse ».
Nous travaillons en duo (2 intervenants) et duo enseignants (...)»
(Dominique CHANTE)
« (...) Je voudrais à présent aborder le problème
du partenariat ou comment partager avec un enseignant un atelier-théâtre
?
Quand il s'agit de gérer et d'organiser un atelier seule c'est simple,
mais quand nous sommes 2, forcément ça se complique car les élèves
ont besoin d'un centre, il faut donc être en harmonie avec l'enseignant
et vice-versa ce qui n’est pas sans difficulté.
Le premier point qui fait obstacle est de savoir à quel moment c'est
moi, en tant qu'artiste-intervenant qui doit m'exprimer, à quel moment
c'est l'enseignant qui doit intervenir. Je pense qu'il faut beaucoup de discussions
autour de l'atelier et de nos objectifs. Une fois que nous nous sommes entendus
sur les objectifs, il faut aussi parler du contenu. .
Avec l'enseignant nous n'avons pas toujours le même rapport avec les élèves.
Alors, il est vrai qu'à un moment, j'ai eu peur de fonctionner dans
le compromis: si nous devons discuter de nos choix de textes, des méthodes
utilisées, il devient difficile de s'affirmer et de s'épanouir
(pour l'enseignant et l'intervenant). Il faut que la rencontre se fasse entre
nous, mais il faut aussi que les rôles ne soient pas les mêmes,
selon si c'est l'intervenant ou l'enseignant qui agit. Pour l'atelier qui me
concerne, nous avons avec l'enseignante des rôles bien définis
et nous intervenons avec beaucoup de précision dans tel ou tel acte
que nous avons choisi (...)»
(Patricia FIORI)
RELATIONS AUX STRUCTURES THEATRALES
« (...) Les structures théâtrales n'ont pas du tout l'habitude
de nous faire participer vraiment aux décisions, encore moins de nous
demander notre façon de voir: on se sent souvent alors «prestataires
de services” et c'est un sentiment très pénible surtout quand
on les voit par ailleurs récupérer les effets bénéfiques
de ce travail.
Bref, pour moi, c'est vraiment pas sérieux et c'est à revoir
de fond en comble - sans oublier non plus que, manifestement, les Compagnies
qui interviennent en milieu scolaire sont précisément (sans doute)
celles dont on ne reconnaît pas les démarches artistiques: d’'un
côté les grands créateurs, de l'autre les fantassins du
terrain. Absurde découpage qui coûte très cher en énergie,
en réunions, en bla-bla et en mauvais fonctionnement (...)»
(Dominique CHANTE)
«(...) Ces relations sont un apport intéressant à la formation
du spectateur (cf § 2-3-) par les spectacles vus et les rencontres qu'ils
engendrent avec les comédiens et le metteur en scène. Toutefois
nous souhaiterions approfondir ces relations en suivant l'évolution d'une
création d'une troupe en résidence (...)
(Bande du Roy René)
RELATION A l'INSTITUTION
Quant aux relations avec les institutions, elles semblent absentes : ou elles
ont lieu seulement avec les responsables de compagnies de théâtre
qui, participant eux-mêmes aux réunions, n' informent pas ou pas
assez ceux qui sont sur le terrain.
Pour la cité, les compagnies semblent davantage reliées et souvent
de manière correcte.
« (...) Nous n'avons avec les institutions que des rapports de «dossiers» et
c'est là aussi une coupure formidable : je m'étonne toujours de
l'absence des institutions (qui pourtant nous ont financé) dans nos activités
réelles Théâtre/Éducation et autres ateliers: c'est
donc par confiance quasi-aveugle ou fonctionnarisation ou négligence que
nous œuvrons sur ces limites.
« (...) Conclusion : la plupart de ces structures sont extrêmement
embarrassées de fait avec les APA : c'est lourd...
Pour les ateliers et autres c'est une façon pour eux, en fait, de nous “utiliser” pour
remplir leur salle et dire qu'ils font un travail de terrain : du point de
vue «contenu» c'est souvent très pauvre, aucune réflexion,
aucun réel intérêt de fait (sauf exception évidemment
!)
Je n'ai pas fait beaucoup de partenariat avec d'autres structures mais pour
l'instant mes conclusions sont sévères : ce n'est pour elles
qu'un truc institutionnel et cela me semble même les dépasser
(individuellement chaque responsable peut tenir un discours d'intention fort
remarquable : de fait, ils en arrivent presque tous au même résultat
ou ont tendance à être d'abord dans des préoccupations
institutionnelles.
C'est un grand questionnement pour moi et j'ai décidé de mener,
en partie, ces activités d'une manière séparée
avec la Cie : c'est plus direct, plus vrai, plus simple, plus drôle et
cela va beaucoup plus loin sans être si lourd. Le problème c'est
que la Cie n'a pas du tout les moyens de fonctionnement nécessaires
et qu'on fait un boulot tout a fait remarquable sans être remarqué par
les structures (...)»
(Dominique CHANTE)
«(...) Il faut dépasser la relation individuelle pour avoir un véritable
dialogue avec les institutions (DRAC, Education Nationale, la Santé et
les Affaires Sociales) pour les obliger à réellement définir
leurs positions face à notre rôle dans la formation de l'individu
grâce à des structures comme le GRETE peut-être (...)»
(Bande du Roy René)
La représentation publique reste importante pour la plupart des
intervenants, elle justifie même leur rôle d’intermittent
faisant une mise en scène; les formes sont diverses, durent plus ou
moins longtemps et reprèsentent un acte fondamental du théâtre.
« (- ) La représentation publique en fin de parcours (aussi court
soit-il) ce plaisir échangé avec le public, est, outre le bonheur
de sentir se concrétiser l'exploré, un moteur important qui permet
de stimuler les enfants dans leur travail collectif, pour aller au bout d'eux-mêmes
et se tolérer mutuellement (...)»
(Annie RHODE)
« Cette nuit , nous avons appris la peur
nous avons appris le trac
nous avons appris la relation d’un groupe
nous avons appris à aimer la scène
nous avons appris une nouvelle fois à aimer le théâtre
nous avons appris une nouvelle fois à aimer la vie.
..Tous ces instants magiques ont forgés en nous et entre nous des liens
ineffaçables. Chaque seconde nous a empli le coeur d’une bouffée
de vie
.Cette nuit,la vie était sur scène.
.Nous avons tous rempli notre tête de souvenirs.
J’ai appris cette nuit que le théâtre est un univers magique
qui nous ouvre les yeux et ,nous,acteurs nous sommes là pour transmettre
cette vision du monde.Aujourd’hui je réalise la chance que j’ai
de pouvoir exercer dans ce milieu.Même si cela peut parfois être
dur ,je suis heureuse de faire du théâtre car il nous offre des émotions
fortes, qui m’a appris des instants de bonheur.
Le théâtre est une source de vie qui m’a permis un épanouissement
personnel.Tout en découvrant l’exigence du théâtre
j’ai découvert l’exigence de la vie.»
Pour les artistes intervenir en milieu scolaire, même s’il y a
des questions à résoudre, est toujours positif , les intervenants
qui ont participé au groupe ont une expérience déjà longue
de 5 à 15 ans..
« (...) Quels en sont les apports ?
- Le plaisir d'apprendre une passion
- La spontanéité des enfants, leur capacité à ren
trer dans le jeu est un stimulant artistique
- La formation est un pied de plus dans la réalité et la société ce
qui leste nos vies d'artistes en ape santeur.
-Former un public présent et futur au spectacle vivant
Quelles en sont les réserves, les limites ?
- Celle des horaires scolaires et de la lourdeur administrative
- Les mutations d'enseignants rendent difficile le travail en équipe
dans la durée
- Le manque d'importance que porte l'institution à ces pratiques, relativement à d'autres
- Le manque de locaux appropriés (...)»
(Annie RHODE)
L’ATELIER DE PRATIQUE ARTISTIQUE
« (...) Le théâtre à l'école...
Développer une pratique sociale citoyenne du théâtre à l'école
c'est partir de l'idée que cette pratique artistique peut et doit jouer
le catalyseur à l'autonomie de la pensée de l'enfant.
A l'école, parce que c'est encore le lieu de démocratisation
du rapport à la Culture, et à l'art.
Il ne m'est pas attribué la tâche de faire un choix entre L'Art
et la Culture mais plutôt de conserver et de donner sens à cet
antagonisme, pas de le réduire mais plutôt de travailler à la
recherche de démocratie dans son dépassement. L' objectif était
que les enfants eux mêmes choisissent le chemin de l'artistique.
Le public des enfants...
Travailler avec des enfants, c'est travailler avec leurs désirs, le
mien, et celui du partenaire.
Le tissage, le mélange, le métissage de tous ces désirs
sont la structure citoyenne de l'atelier.
Travailler avec eux, sur un texte de théâtre ou pas, c'est travailler à l'émergence
d'une autre écriture du monde que celle nous avons pour habitude de
regarder tourner. C'est travailler à un autre lien que celui qu'on nous
impose, c'est réinventer un lien qui ne repose pas sur le niveau culturel
ou la vie sociale de chacun.
Sur un plateau:
Pas de loi mais une règle, lieu de l'acte et conjointement du sens.
On prend conscience de soi autrement que dans la vie, que le temps s'arrête
et que vivre n'est pas donné sur un plateau .
Pour l'exigence du jeu, on s'habitue à perdre, ici, ses privilèges
et ses illusions.
On expérimente que conflit ne veut pas dire violence
On peut comprendre ainsi que sur la scène du monde violence doive se
muer en conflits.
Il ne s'agit pas seulement d’avoir compris, il s'agit de savoir le faire
et le vivre.
En résumé, l'atelier théâtre doit être :
Le creuset d'une parole plurielle,
Une expérience humaine non renouvelable.
Non renouvelable parce qu'unique, parce que cette expérience est faite
avec un collectif de personnes qui est celui-ci à un moment donné dans
un lieu donné.
Le spectacle:
Faire un atelier qui débouche sur un spectacle, c'est avant tout l'idée
de partage, de solidarité:
Se montrer aux copains différents.
Avoir peur et pouvoir le dépasser car les autres comptent sur moi.
Avoir du plaisir dans l'altérité
Le spectateur:
Donner à voir du théâtre aux élèves c'est
:
Donner à voir de l'inconnu pour renouveler les modes et les contenus
de pensée
Donner à voir du connu pour reconnaître l'inconnu.
Repérer le jeu des autres, c'est repérer le sien.
Animer une parole critique sur le spectacle c'est animer une parole critique
sur le monde.
Le statut
De plus en plus l'intervenant théâtre est soumis aux contraintes
institutionnelles et aux valeurs du travail social : élèves difficiles,
problèmes familiaux ou autres. Alors que le travailleur social est professionnalisé,
permanent et hautement structuré, l'intervenant théâtre
lui reste un vacataire sans statut au mieux un intermittent du spectacle, un
chômeur donc.
Sa fonction reste plus qu'oubliée, et son statut reste illégal
puisque intermittent il ne peut être payé par l'éducation
nationale.
La contradiction est au coeur même de sa fonction et de sa pratique :
Suis-je artiste où prof de théâtre, est-ce que l'art peut être
une Pratique que l'on acquiert, où est ce le chemin à l'art qu'on
indique.
Place de la compagnie dans la Cité :
Elle est la tête de la pieuvre de ma dernière recherche artistique
:
Elle irradie sur le village, tout ce qui est le contenu, les objectifs de compagnie
: Développer une pratique sociale citoyenne du théâtre.
A partir de là la compagnie facilite le travail fait à l'école.
Que ce soit au niveau de la communication ou de l'échange avec la cité (...)»
(Joelle RIVENALE)
Et l’élève qui fait du théâtre?
«" L'enfant théâtreux" (notre E.T. à nous)
est avant tout "un". Il n'a souvent cure du groupe. Il est là souvent
pour que l'on s'occupe bien de lui, qu'on le regarde, le choie, l'aime, le valorise. "L'enfant
théâtreux" est un germe de comédien individualiste à tout
crin. "L'enfant théâtreux" s'inscrit en atelier de pratique
artistique “théâtre” pour faire du théâtre!
Que s'imagine-il? Le plus souvent qu'il va apprendre un texte "par coeur" et
le récitera dans "le ton" en faisant "les bons gestes".
A moi bien sur, de l'entrainer dans un autre univers.
Pour que "l'enfant théâtreux" entre directement dans
une vraie problématique de comédien il faut immédiatement
lui faire faire du théâtre, tel qu'il se l'imagine. Alors je lui
dis: "Fais moi du théâtre". Souvent je suis très
surpris des résultats. Après un moment d'hésitation, il
y a comme une urgence à me montrer tout ce qu'il s'imagine être
le théâtre. Oui, le corps est mal investi. Oui, l'imagination
est absente du rendez-vous. Mais il me semble plus important, dans cette première
rencontre, que "l'enfant théâtreux" reparte de l'atelier
avec une conviction partagée, à savoir : “J'ai fait du
théâtre!"
Durant tous mes ateliers de pratique artistique, j'essaye d'inculquer aux élèves
que le théâtre est avant tout un art, que ce n'est ni une "pratique",
ni une "technique", encore moins un "médicament" pour
se soigner d'une quelconque timidité ou d'un manque de confiance en
soi. Il me semble très important de donner cette dimension artistique
liée immédiatement à l'engagement de soi.
Et où répétons nous? Dans quels lieux? : 1'école!
Partout dans l'école. Une salle de classe, la cantine, le C.D.I., la
cour, le préau, ou dans plus de confort : un foyer rural, une salle
aménagée. Un atelier de pratique artistique doit vivre ses contraintes. "L'enfant
théâtreux" ne comprendra le subversif de l'art dramatique
en milieu scolaire que s'il le pratique dans son lieu. Ce lieu, torturé par
la création, lui permettra alors d'avoir une nouvelle approche de son école.
Le théâtre à 1'école est avant tout révolutionnaire.
C'est vrai aussi que lorsque j'anime un atelier de pratique artistique, j'emmène
toujours les élèves une semaine ailleurs. C'est une des conditions
sine qua non de mon projet.
Nous partons ensemble, dans un lieu convivial. Là, nous apprenons à vivre
les affres et les joies de ce que peut être ceux d'une compagnie en tournée.
C'est dans ces moments là que nous explorons d'autres dimensions : l'affectif
bien sur, mais aussi la fabrication des costumes, le maquillage, la vie en
commun. (...)
(Frédéric FLAHAUT - le 10 juin1998).
Et pour suspendre et non conclure voici le point de vue d’une enseignante qui s’acharne à défendre naïvement l’intervention de l’artiste à l’école et l’introduction du théâtre comme art et non outil .
«A
un moment où l'on s'interroge sur le choix des politiques à développer
culturelle ? et/ou artistique ?
à un moment où le Ministère de la Culture a choisi l’ élargissement
des partenariats avec d'autres ministères
à un moment où l'on parle de plus en plus de patrimoine culturel,
d'activités, d'occupation, d animation
et à un moment où l'Education Nationale et les collectivités
s'engagent dans les rythmes scolaires ou dans d’autres actions comme
les rencontres de lycées ou de collèges sans prendre en compte
les expériences des 15 ans de partenariat de l’Education Nationale
avec les artistes.
Il me semble important d'affirmer ici que la présence de l'artiste reste
irremplaçable à l'école et dès le plus jeune âge
et d'essayer de comprendre la spécificité de son apport.
L'élargissement de la politique actuelle ne devraient pas faire naître
de nouveaux métiers “les médiateurs”. Pourquoi créer
de nouveaux intermédiaires, des interfaces sans ancrage, sans appartenance à un
univers spécifique, qui seul permet de fonder parole et démarche;
ne suffirait-il pas de former (formation initiale et continue) à l'action
artistique et culturelle les artistes, les médiateurs déjà en
place, les enseignants de la maternelle à l'université, les animateurs
de loisirs, de quartiers, les directeurs même de salles de théâtre,
les diffuseurs, les relations publiques, les acteurs, pour qu'ils puissent
faciliter la rencontre, le lien entre la cité et l'art, en particulier
le théâtre (un projet de société quoi ?).
Mon expérience de compagnonnage avec des artistes de théâtre
m'incite à dire que toute politique d'éducation doit être
artistique et culturelle, elle doit permettre une démarche créatrice,
expérience essentielle et fondatrice du sujet.
Bien sûr l'artiste à l'école fait découvrir le théâtre,
cet acte si archaïque de représenter le monde par des hommes devant
d'autres hommes, monde qu'il poétise, qu'il représente métaphoriquement
est une dimension essentielle, à notre époque du virtuel.
L'artiste à l'école permet d'expérimenter un processus
qui met en relation le monde et l'intime,
un art de faire; gratuit en ce sens qu'il ne sert à rien, sinon d'art
de faire.
- Il est celui qui donne accès à l'intime, qui permet ce risque
car il met au centre une démarche nourrie de sa singularité,
de failles et qui permet d'aller des formes, des règles de fabrication
artisanale jusqu'aux désirs subjectifs.
Il s'agit d'écouter mais aussi de partager sa vision du monde par rapport à une
sensibilité de rencontrer une subjectivité pour comprendre d'autres
subjectivités. A travers l'acceptation d'une forme, d'une langue, c'est
peut-être la reconnaissance de l'artiste mais plus globalement la reconnaissance
de l'autre qui est en jeu.
L'artiste donne des règles, exige une rigueur, il peut apporter aux élèves
qu'il rencontre l'envie de s'en sortir, de construire sur leurs faiblesses,
leur irréductibilité, leur révolte, leurs aspirations,
leur souffrance même; faire de leur vie une oeuvre, devenir artiste de
sa propre vie, trouver son itinéraire personnel mais en relation avec
les autres. A un moment où le sujet est mis à mal par la déconstruction,
la crise, la réponse artistique est un des derniers lieux où l'humain
peut se fonder.
Il ne s'agit plus d'accumulation ni de comblement mais d'apprendre à vivre
et de retrouver le sens de la vie quand l'économique fait aussi défaut
c'est urgent.
L'expérience de la création fait aussi apprendre le deuil, le
détachement avec l'oeuvre et toutes les phases de création ne
sont-elles pas comparables à celles qu'un sujet traverse pour advenir
?
Lors des rencontres précédentes du GRETE j'ai retenu quelques
points de vue d'artiste sur leurs relations à l'école.
Catherine Marnas à Gap disait qu'elle donnait le droit de rêver
que le théâtre est le lieu où l'on peut dire que ça
peut être autrement.
Hubert Colas à Marseille parlait de mettre en éveil, en état
de conscience du monde les élèves qu'il rencontrait et surtout
en choisissant la poésie comme forme d'expression fondamentale de sa
présence au monde, partager cette façon d'être dans une
société qui rejette toute forme de poésie et affirmer
ce regard différent et être impliqué dans ce regard là,
le transmettre c'était là l'irremplaçable de l'artiste.
Françoise Châtot insistait sur la rigueur, que tout théâtre
est initiateur et si les élèves comprennent qu'il faut passer
un certain nombre d'épreuves, ils ont atteint un seuil de sensibilité à ce
que peut être un travail de création et c'est soudain l'éveil
de créativité dans une structure une esthétique avec une
exigence sans oublier la Culture et là l'artiste a un rôle nécessaire
et irréductible disait-elle.
Nous sommes à un carrefour, quel choix, pour quelle société ?
Le modèle français des années 80 fait appel à l'artiste.
Il commence à se diffuser en Europe.
Ce modèle spécifique correspond bien à un pays où les
droits de l'individu et de la nation sont liés, s'il s'agit de faire
appel à ce que chaque personne a de singulier pour fonder l'altérité et
le respect de l'autre. L'artiste naturellement est celui qui sait le mieux
structurer et rendre partageable ce qu'il y a de plus intime.
Si on s' orientait seulement vers une éducation plutôt culturelle
et en relation avec, médiateur, animateur, pour partager le patrimoine
commun et développer les potentialités des individus dans ce
qui leur est commun, ne risque-t-on pas de faire un choix dangereux qui ferait
passer du droit de l'individu à celui de communauté, des communautés
et au delà à celui des ghettos, de libanisation; la ressemblance
ne conduit-elle pas à l'exclusion de l'autre différent ?
Optons de fonder l'altérité en apprenant que l'autre est différent
de moi et que le respect de chacun est fondé sur cette différence
irréductible.
A l'heure Européenne la France doit affirmer sa conception particulière
du citoyen et de l'Etat-Nation et choisir une éducation artistique et
culturelle et avec l'artiste au centre du dispositif .Fonder les droits de
la communauté aboutirait à des partitions sanglantes.
Enfin j'ose encore rêver d'une politique non pas de médiation
mais de l'artiste dans la cité où il ne serait plus l'artiste
employé voire parcellisé dans des interventions lors du passage
en résidence mais bien l'artiste responsable avec une troupe, des lieux
d'expérimentation, avec les jeunes, des écoles, des quartiers
où le sens pourrait être au centre et non plus une politique marchande
de diffusion des oeuvres.
La culture, l'art ne doivent jamais devenir une marchandise»
Mireille GRANGE.
Un colloque sur l'apport de l'artiste a poursuivi le questionnement (cf
dossier).
(retour)
FORMER LES JEUNES SPECTATEURS
Notre priorité : développer dès le plus jeune âge
une pratique de spectateur sensible. Au centre le spectateur, quatrième
créateur après l'auteur, l'acteur et le metteur en scène
du spectacle.Et pourtant de nombreuses questions nous agitent:
Pour une école du spectateur?
Quelques points de vue peuvent nous éclairer :
- "Le
spectateur pour l'auteur, n'est autre qu'un autre auteur...Si nous
parlons d'oeuvres d'auteur, nous devons par conséquent parler
du rapport entre auteur et destinataire comme d'un rapport dramatique
entre un individu et un autre démocratiquement égaux.
Le spectateur n'est pas celui qui ne comprend pas, qui se scandalise,
qui hait, qui rit ; le spectateur est celui qui comprend, qui sympathise,
qui aime, qui se passionne. Ce spectateur est aussi scandaleux que
l'auteur…(Pier Paolo Pasolini "l'expérience hérétique")
- "A
un moment où l’institution évalue les retombées
du théâtre sur les apprentissages , la socialisation,
la formation. Les bienfaits de la pratique théâtrale sont
enfin reconnus.
Osons dire que le théâtre ne sert à rien, et pourtant qu’il
est essentiel; osons le partage que propose cet art, osons la perte : celle
du temps, des savoirs pour mieux rencontrer l’être ; tout enseignant
devrait être concerné et faciliter cette rencontre des jeunes
avec le théâtre pour que les élèves fassent cette
expérience de la rencontre avec une oeuvre, une esthétique, un
texte, une langue qui ne sera jamais la leur.Faut-il apprendre au spectateur à découvrir
cette singularité ?
Et si le spectacle ne permettait pas de comprendre le monde mais seulement
de l’interroger.
Du théâtre, lieu d’où l’on regarde, jeu de
symbolisation, le spectateur construit son spectacle et refait à reculons
le parcours de la création.
Enseigner ce n’est pas seulement donner des connaissances, une culture
mais c’est surtout s’adresser à l’être pour
qu’advienne un sujet, lui donner des repères certes mais aussi
favoriser l’expérience du relatif, du singulier de l’altérité pour
qu’il puisse vivre avec les autres,. Faire l’expérience
de la modernité,dans un monde où le sens se dérobe, sans être
déstabilisé pour affronter la béance, le vide sans de
faux remplissages reste essentiel. Enseignants, devenons des passeurs de théâtre
où identité et dialogue empêcheront que des murs se dressent,
que des ghettos se construisent. - M.G
- « Billet
d’humeur. Humeur contre ce qui ne peut être “école”...
Ecole de spectateur.«Circonspection face à l’intérêt
qu’on lui accorde, à ce spectateur, qu’on lui “prête...” pour
quel intérêt? Qui en tire profit? pour combien de temps?
Quelle quantité d’énergie pour mettre en marche ces machines,
ces “convois” de spectateurs. Machines qui s’arrêtent,
se grippent, se rouillent dès qu’on ne les “asticote” plus...
Quels chemins parcourent-ils? A quelle profondeur les conduit-on? Au prix de
quels souffles venus de part et d’autre maintient-on ces moulins en route?
Combien de spectacles montrer en une, deux ou trois années à ces “passagers” que
sont nos élèves pour que nous les ayons mis à “bonne école”?
Lesquels?
Dans la multitude qui nous est proposée : nous sommes sollicités,
suppliés, par tant de troupes, de groupes, de scène; connus ou
inconnus qui nous attendent, nous ouvrent leurs portes, leurs coulisses, sont
prêts à venir nous voir, nous montrer, nous expliquer... Qui rejeter?
Qui retenir?...
Et si un seul spectacle plusieurs fois devenait une des solutions... avec toutes
les références et les approfondissements possibles ...q. (La
Mouette de Tchékhov cette année?).
Mon expérience de guide laisse une large part à l’amertume
d’avoir si peu éveillé de vocation de guide. Toujours des
suiveurs plus ou moins résignés, plus ou moins confiants. Devenir
le précepteur de cette école? Connaître le bon “programme”?
Savoir comment le traiter? Avoir une idée assez précise des questions
qu’il va susciter? Etre prêt à y répondre? Belle école
d’humilité où il faudra ériger en règle le “je
ne sais pas”... le “je tâtonne” sans pouvoir ni prévoir
ni croire à ses propres choix dans la forêt des possibilités
offertes (spectacles en tous genres)...
Doutes si énormes qu’il faut les taire et être prêts
tous ensembles à finir l’année bourrés de regrets
pour tous les “à ne pas rater” non vus et les “insupportables” sur
lesquels on est tombé... avec l’espoir tout de même que
quelques lumineux instants éclairent la route de chacun.».A.H
Plusieurs
rencontres ont abordé ces questions
Nous constatons qu’il est souvent plus difficile pour les enseignants
d’introduire une démarche de spectateur que de mener un travail
théâtral et cela indépendamment des contraintes matérielles
( argent, dé placement...). Que d’interrogations!
Le GRETE favorisant l' élaboration, le suivi et l' analyse d' expériences
spécifiques de formation du jeune spectateur. a constaté lors
des séances de travail qu’il n’y a pas de recette, tout
et son contraire peut à un moment du parcours être valable à condition
que l’on soit clair sur l’importance et le sens de ce que l’on
fait, et que l’on cherche à diversifier les approches, les formes
en particulier du théâtre contemporain.
Il est nécessaire de fabriquer un lieu d’échanges où le
sensible, l’intime, la parole individuelle et collective, les repères
et le jugement critique puisse s’élaborer et de responsabiliser
les élèves afin de parvenir à l’autonomie de leur
goût.
• La première rencontre:
a mis en place les conditions de l' expérience en proposant quelques études
de cas et des hypothèses de travail, que faisons nous? Que choisir?
préparer ou pas le spectacle avant ? en parler après ? Laisser
aux élèves seuls faire la rencontre avec le spectacles ?
« Pourquoi amener les élèves à devenir spectateurs
et les former ?
- Pour quels spectateurs oeuvrons-nous ?
- Pour former le public de demain sans céder au loisir -marchandise
ni à la consommation ?
- Pour faciliter l’intégration par une pratique culturelle ?
- Pour décloisonner le monde ou pour quels autres enjeux ? -
- Quel est mon rapport au théâtre, mon expérience, mes
références.
- Permettre l’ échange avec les créateurs avant, après,
oui pourquoi et comment?»
M.G.
Nous sommes tombés d’accord, il est essentiel :
- de donner aux élèves le désir de goûter un spectacle,
- de mettre leur appétit et leurs sens en éveil (mais comment
?)
- et d’affirmer le droit de l’élève à l’information, à l’accueil, à la
rencontre avec des artistes, à l’expérience de spectateur
mais aussi à la pratique artistique.
Ce samedi a rassemblé des équipes d' établissements mais
les théâtres ne sont pas venus débattre avec nous pour
mettre en place des Ateliers-chantiers : la réception et la parole du
spectateur, traces et mémoire du spectacle. Le partenariat devrait être
une condition indispensable pour tout projet .Ce travail a abouti ensuite à la
fabrication d' une FICHE ECOLE DU SPECTATEUR
• La deuxième rencontre :Traces de spectacle?
a permis de travailler sur des textes écrits par les élèves
sur des spectacles vus: par exemple un groupe avait choisi avec leur professeur
d‘écrire à partir d’une structure de PEREC «je
me souviens» et de réaliser un montage entre trois classes. Une
lecture mise en espace s’est déroulée lors du Côté public
de Mars sur «la mémoire du spectacle en relation avec l’exposition
de J.B. DORVAULT que nous avons choisi de confronter à la mémoire
des élèves .
• La troisième rencontre:
a rassemblé différentes expériences sur les traces que
laisse un spectacle et la manière de leur donner forme à l’école.
Lors de la journée «Carrefour des Arts» à partir
du spectacle «Journal de bois», nous avons demandé une réalisation
photographique à J.B. DORVAULT en même
temps qu 'aux élèves et ce travail a débouché sur
la décision de demander des traces à chacune de nos actions ECOLE
DU SPECTATEUR.
Expériences d’actions:
Nous vous proposons quelques extraits de travaux tentés dans les établissement
(lycée Artaud à Marseille, lycée d’Altitude à Briançon
et lycée Lempéri à Salon).voir TRACES
En général il apparaît toujours plus facile de parler d’un
spectacle, de l’analyser, que de rechercher la résonance plus
intime ou la trace créative sinon créatrice qu’il pourrait
engendrer.
I
-Mémoires de spectacles
Expériences réalisées avec le groupe de première
option théâtre (lycée de Briançon).
L’expérience a porté sur :
- la semaine VISNIEC
- le «HAMLET» mise en scène de R. Cantarella
- «La Princesse de Clèves» mise en scène de M. Bozonnet
Le travail consistait à prendre conscience «des traces» qu’un
spectacle peut laisser en chacun.
Première étape :
Les trois spectacles ayant été vus en Octobre/Novembre une séance
de l’option (2ème quinzaine de Novembre) a été en
partie consacrée à réfléchir à la question
: comment chacun a-t-il envie d’exprimer les traces que ces spectacles
ont laissé en lui et comment peut-il le faire ?
La première réaction des élèves fut de formuler
verbalement ce qu’ils avaient pensé des spectacles. Certains avaient
adoré, d’autres n’avaient pas apprécié, certains
avaient dormi (le «Hamlet» durait 4 heures), d’autres avaient
trouvé le tout ennuyeux mais le jeu de l’acteur étonnant
(La Princesse de Clèves ). Nous avons alors cherché à découvrir
si ce qui restait d’un spectacle ce n’était pas autre chose
que l’analyse qu’on pouvait en faire. Les élèves
prirent alors conscience que les spectacles avaient imprimé en eux des émotions,
des images, gravé des mots, des répliques.
Deuxième étape :
nous avons décidé alors de prendre deux semaines pour réfléchir à la
forme qui paraîtrait la plus apte à exprimer l’image ou
les traces laissées par le spectacle que l’on avait préféré.
A la séance prévue, chacun est venu avec sa production:
Cinq élèves ont rédigé un petit texte «critique» pour
analyser les émotions et impressions laissées par le spectacle.
Deux élèves ont proposé une feuille style BD à partir
de répliques puis les avaient frappées. Deux élèves
ont composé un poème. Un élève a fait une peinture
exprimant ce que lui avait inspiré la pièce de VISNIEC «PAPARAZZI».Quatre
ont proposé un tableau vivant de passages de pièces où le
corps et la gestuelle des acteurs les avaient frappés (ci-joint une
des photos).
D’autre part les élèves étaient un peu réticents
pour poursuivre ce travail qu’ils trouvaient difficile et n’ont
pas manifesté un enthousiasme très grand. Je manquais moi-même
d’idées et de compétences pour aller plus loin.
M-F .A
Un des poèmes d’élèves
« L’ Art perdu dans la sombre nuit
sans lampadaire tout est oubli
Godot est mort dans les esprits
personne ne veut lui donner vie
« Si l’homme ne tombe sous la nation
é crasé par l’exclusion
du corps de l’âme il est perdu
y’a plus de théâtre dans les rues.
« Si le mot sourire n’a plus d’œufs
c’est que la femme aux mille yeux
n’a plus pour vivre de grands lits
pour se jouir des pires délits
« Le peuple pleure cette femme des temps
en espérant revoir son sang
sur les cahiers d’papiers mâchés
de tous les gosses du quartier».
II
Traces, trajets, empreintes, mémoire : Avignon 97. expériences
de spectacles du lycée Lempéri
Trois jours de théâtre, d’eau fraîche et de marche
forcée dans la canicule, la boulimie et l’émotion :le jour
on absorbe, le soir très tard on jette les pâtes dans l’eau
bouillante et les mots parlés dans la mémoire commune. On, nous:
six élèves de l’atelier théâtre, et moi, adulte,
prof d’anglais et, responsable de l’atelier : nous avons déjà en
partage un passé commun de pratique du théâtre
( de 1 à 4 ans) de stages de répétitions et de pâtes à l’eau
bouillante, et pour certains un voyage en Angleterre (pour jouer en anglais
dans un lycée). Peu de spectacles vus en commun avant cela.
- L’échange verbal exprime du passionnel : enthousiasme, colère,
joie, envie de convaincre. -Traces dans la gestuelle: Le salut piétiné des
personnages de «l’école des femmes» (Carboni) devient
un code commun et un signe de ralliement.
- La première trace écrite date de la dernière soirée
avant le départ d’Avignon :
Extraits:
« L’appart est very good, on est bien, je suis heureux. C’est
difficile de tout assimiler sur le champ, mais on accumule et on digèrera
plus tard...confirmation du fait que beaucoup de gens pensent qu’il faut
changer,arrêter de se mentir sur ce qui se passe dans notre monde...plaisir
de découvrir et de choisir (c’est important) tant de pièces
. C’est la 1ère fois que j’apprécie sincèrement
et volontairement le théâtre...»
- Traces apparues quelques mois plus tard :
les dessins, des bribes de textes type « je me souviens» et un
texte construit.
« les cheveux de la femme qui joue Louise(Labbé)»....nous
on crie encore please..le mistral qui glace les gradins à claire voie
de Nathan...une parade, des grosses têtes...
les mots de Koltès et le corps de l’homme (la nuit...)...le hasard
qui nous conduit dans une salle d’ou l’on ressort raide dingue
d’espoir...le faisceau lumineux de la voix, du geste, du tout et rien
du comédien...le roi des fées en kilt (le songe...) la vieille
qui pète (kvetch)...les mots masques qui dévoilent (kvetch,la
maman et la putain)...les mots de Prévert et les sacs de jute au sol(crosse
en l’air)...sensation physique
- Révélation du besoin de voir des pièces comme un besoin
essentiel : manger, dormir, boire, lire, voir des spectacles, des pièces
: nourriture de l’âme. Plaisir de m’être retrouvée
seule après:utiliser toutes ces petites clefs pour entrer en soi plus
profond dans sa tête...puis retourner dans la vie de tous les jours,
trouver la beauté de ceux qui nous entourent comme on a trouvés
beaux pendant ces trois jours tous les acteurs, tous les êtres rencontrés...curieusement,
on se sent aussi beaux, aussi forts, aussi pleins de tous ces sentiments si
variés et si étranges, que les comédiens. ça nous
ressemble tellement.
Pourquoi avoir peur de toutes ces capacités que nous possédons.
Richesse immense de nos âmes gaspillée et quelquefois jamais découverte
paradoxalement, c’est parmi tous ces gens costumés qui jouaient
des rôles que j’ai trouvé le plus d’honnêteté et
de don de soi...quand j’ai vu ce concentré de gens qui avaient
le courage d’être ce qu’ils voulaient et de servir à quelque
chose en combattant par les mots, par leur vécu, j’ai su à quel
point ils étaient essentiels».
Merci à: Florence, Johann, Sophie, Sylvain, Véronique, Vincent»
D. V.
III
Extraits des textes d’élèves du Lycée Artaud (option
théâtre) montés
en lecture lors de Côté Public sur «la mémoire de
spectacles» autour de l’exposition des «Enregistrements» de
Jean-Baptiste Dorvault (photos à la chambre une seul prise de vue pendant
la durée de la représentation); d’ou la structure choisie «je
me souviens» de Pérec.
Ces élèves avaient vu la même programmation, ce qui permet
de voir ce qui restait chez chacun après plus de deux ans d’expérience
de la représentation pour les terminales et quelques mois pour les secondes.
« Je me souviens de cette actrice à demi-nue qui se tortillait sur
la scène
Je me souviens de cette émotion lorsqu’elle s’est mise à chanter
Je me souviens de mon rire si perçant en voyant leurs costumes farfelus
Je me souviens d’avoir pleuré quand il a raconté son histoire
juive une valise à la main
Je me souviens du côté chantant de la langue russe
Je me souviens des applaudissements déchaînés de la salle
et des sourires béats des acteurs
Je me souviens, la scène plongée dans un bain de lumière
douce et chaude comme le soleil
Je me souviens, ce décor d’un autre monde
Je me souviens, le visage de cet homme dont la voix était si sensuelle
que l’on frissonnait
Je me souviens, ce vieillard aux yeux si brillants
Je me souviens, la beauté et l’émerveillement …
Je me souviens, cette odeur de neuf, de peinture et de velours qui emplissait
les narines
Je me souviens d’avoir cogité toute la nuit sur une toute petite
phrase presque insignifiante
Je me souviens d’avoir dit “j’ai adoré” sans
vraiment savoir pourquoi
Je me souviens, la grande scène , de noir
Je me souviens, mon cœur qui bat à folle allure et la tiède
douceur des larmes sur ma peau
Je me souviens…»
Karen - terminale
« Je me souviens de la première pièce de théâtre
que je suis allé voir “Visages”
Je me souviens de mon état à la fin de la pièce
Je me souviens que j’étais très excitée et émerveillée!
Je me souviens de “Barbe bleue”, je me souviens de mes rires
Je me souviens de mon incompréhension face à cette pièce!
Je me souviens de la pièce “Samedi-Dimanche-Lundi”
Je me souviens du décor qu’il y avait sur scène
Je me souviens de plusieurs acteurs
Je me souviens de l’odeur de spaghettis!
Je me souviens de l’entr’acte
Je me souviens d’avoir bien mangé
Je me souviens d’avoir beaucoup ri
Je me souviens de la pièce “Ubu Roi”
Je me souviens des deux acteurs et des fruits et des légumes
Je me souviens parfaitement du théâtre et de la loge dans laquelle
je me trouvais
Je me souviens de mes rires et de ceux du public
Je me souviens de mes applaudissements et de mes cris à la fin du spectacle»
Emilie - terminale
« Je me souviens d’un rideau ouvert
Je me souviens d’un ours, et de crabes
Je me souviens d’un rire étouffé
Je me souviens d’un grand ennui
Je me souviens d’une belle voix
Je me souviens d’un accent
Je me souviens d’une lune
Je me souviens d’un feu
Je me souviens de fauteuils rouges
Je me souviens d’un Samedi, Dimanche, Lundi
Je me souviens d’une cuisine
Je me souviens de l’odeur des spaghettis
Je me souviens d’un parcours
Je me souviens d’une voiture qui roule puis freine brutalement dans un
parking noir
Je me souviens d’un magasin
Je me souviens de marionnettes
Je me souviens d’une guerre
Je me souviens de légumes et de fruits
Je me souviens d’un poulailler
Je me souviens de fleurs
Je me souviens d’un homme perdu
Je me souviens d’un rideau qui tombe
Je me souviens d’applaudissements»
Magali - terminale
« Je me souviens du rideau rouge
Je me souviens des spaghettis à la bolognaise, l’odeur
Je me souviens de l’obscurité
Je me souviens des ors
Je me souviens de tous ces somptueux costumes
Je me souviens de l’arbre, de cet arbre qui semblait jaillir de la scène
Je me souviens de la beauté de l’acteur jouant Louis Laine dans “L’échange”
Je me souviens de son accent
Je me souviens du nain
Je me souviens de la sensation de fraicheur d’une salle climatisée
Je me souviens des applaudissements
Je me souviens de la sensation que me procure chaque spectacle
Je me souviens de la peur d’être seul
Je me souviens des larmes
Je me souviens de je me souviens
Je me souviens des moules frites»
Myriam - terminale
« Je me souviens des choses secrètes avec tellement de plaisir
Je me souviens d’une déception
Je me souviens du temps long mais plaisant et attirant
Je me souviens de la théorie de Stanislavski m’attirant vers le
livre avec plaisir
Je ne me souviens plus de rien.»
Carole - terminale
« Je me souviens du Roi-Cerf
Je me souviens d’un amant pas sincère
Je me souviens de l’infidélité
Je me souviens du jeu de lumière
Je me souviens d’une grosse pierre
Je me souviens de la couleur noire
Je me souviens d’ en avoir marre
Je me souviens d’un tableau
Je me souviens d’un homme qui a été acquitté
Je me souviens de son innocence
Je me souviens d’une femme sans enfance»
Aurélie - seconde
« Je me souviens d’une bonne odeur de pâtes
Je me souviens d’un petit canapé bleu
Je me souviens d’un visage dur et fermé
Je me souviens d’une voix aiguë
Je me souviens d’un bel homme
Je me souviens des nombreux et chaleureux applaudissements
Je me souviens d’un petit chapeau
Je me souviens de la chaleur de la pièce
Je me souviens d’un petit rire nerveux
Je me souviens de l’agréable sensation de bien être autour
d’une table
Je me souviens d’un bruit derrière le rideau rouge
Je me souviens du papier peint
Je me souviens d’un décor mobile
Je me souviens des yeux brillants de l’actrice
Je me souviens d’un rêve à propos d’une pièce
Je me souviens, le théâtre agit sur nous»
Eglantine - seconde
« Je me souviens de ce canapé bleu, d’un bleu dont on garde
le souvenir
Je me souviens de cette statue qui riait lorsqu’ un mensonge était
dit
Je me souviens de ce paysage derrière la fenêtre, changeant
Je me souviens de cette odeur de sauce qui emplissait la salle peu à peu
Je me souviens des faux palmiers sur le plateau du Roi-cerf
Je me souviens des rires dans la salle»
Jessica Bezza - seconde
« Je me souviens de diapositives à la fin d’un spectacle,
atroces ,dures
Je me souviens Audrey qui pleurait
Je me souviens d’un masque avec un grand nez
Je me souviens de deux femmes juives qui pleuraient leur mari, la guerre
Je me souviens d’une acrobate dans un rond de lumière, dans un
rond de tissu
Je me souviens d’une robe rouge magnifique
Je me souviens qu’il sautait la fenêtre
Je me souviens d’ombres et de danses africaines
Je me souviens de la tragédie d’Antigone,
de celle d’Œdipe-Roi et de ses larmes qui coulaient
Je me souviens de son aveuglité
Je me souviens des chants de la servante : clairs, perçants
Je me souviens d’un gros sac
Je me souviens des vagues, des tissus agités dans l’air
Je me souviens.»
Anais - seconde
« Je me souviens d’une scène sombre et lugubre
Je me souviens de mon premier spectacle
Je me souviens de tous ces tissus
Je me souviens de cette grande bibliothèque
Je me souviens de ce grand miroir
Je me souviens de ces quelques mots ”ah dieu”
Je me souviens de ma surprise
Je me souviens de cette féerie
Je me souviens de l’harmonie des gestes
Je me souviens de ces larges robes qui prenaient presque la moitié de
la scène
Je me souviens de ce rire qui envahissait la salle
Je me souviens de ce long tapis rouge
Je me souviens de ce large couloir
Je me souviens d’avoir pleuré
Je me souviens d’avoir souri
Je me souviens d’avoir applaudi
Je me souviens de cette histoire»
Radia - seconde
Traces
sur un seul spectacle vu plusieurs années auparavant:
« Journal de bois» (extraits des travaux d’élèves
du lycée Artaud)
«Je
me souviens d’un égaré
Je me souviens d’un escargot
Je me souviens d’un bûcheron
Je me souviens d’une chaise qui vole
Je me souviens d’une échelle
Je me souviens d’un chemin
Je me souviens d’un tiroir
Je me souviens de morceaux de bois sortant de nulle part
Je me souviens d’une histoire bizarre
Je me souviens d’un feu
Je me souviens d’un bûcheron miniature
Je me souviens de morceaux de branche formant le mot « égaré »
Je me souviens de gens qui parlaient
Je me souviens d’avoir raté un morceau de la pièce car
je me suis attardée sur un petit escargot en haut d’un tableau
Je me souviens de craies indélébiles
Je me souviens de friches
Je me souviens et ça m’a plu»
Audrey - terminale
« Je me souviens de magnétisme qui animait les objets de bois
Je me souviens des couleurs
Je me souviens du décor
Je me souviens d’un tableau noir
Je me souviens de trappes
Je me souviens de jeux de lumière
Je me souviens d’objets miniatures
Je me souviens du son
Je me souviens des dessins et des rébus qui s’inscrivaient sur
un tableau noir
Je me souviens d’avoir ri
Je me souviens d’avoir été impressionnée devant
ce magnifique décor
et devant le travail énorme»
Emilie - seconde«Je me souviens d'un tableau noir
Je me souviens de mots écrits à la craie blanche
Je me souviens d'un chemin
je me souviens d’un escargot qui a le sien
Je me souviens en fait de deux bûcherons :
l'un était un homme,
l’autre était un personnage de bois animé qui habitait
un arbre
Je me souviens de ce geste répétitif
Je me souviens de ces voix, de ces sons, de ces bruits
Je me souviens de ces mécanismes derrière les décors
Je me souviens d'un chemin
Je me souviens de cailloux,,d'une caisse en bois
Je me souviens d’une chaise en bois, d'une table en bois
Je me souviens d'une maison en bois
Je me souviens de morceaux de bois
Je me souviens d'un journal de bois
Il y avait du bois, beaucoup de bois
Il y avait des mots, beaucoup de mots
Des mots écrits au tableau
Des mots écrits avec des brindilles de bois
Des mots qui ne voulaient rien dire
Des mots poétiques
Il y avait aussi des objets animés
Dirigés par des machines bien organisées
Ensuite il y a eu du soleil, beaucoup de soleil
Il y a eu des rires,, beaucoup de rires, ,des échanges d’opinions
et de réflexions sur le spectacle ?
Il y en a eu.Caroline (2nde) Artaud -
Le Séminaire d'Ursula Meyer à l'Université d'Aix
exemple
de programme
THE 930 - Séminaire de maîtrise en Etudes théâtrales,
de DEA et de Doctorat "Lettres et Arts" / Théatre (Aix en
provence).
La Praxis théâtrale.
cerner différentes articu-
lations dans leur complexité: approches dramaturgiques / travail du
metteur en scène avec le(s) comédien(s) de sa "fonction
acteur" /
véritable plaisir du spectateur. La mise en mouvement de ces
articulations sera abordée à partir de la rencontre entre des œuvres:
- Oedipe Roi (Sophocle)/ Oedipe le tyran (Holderlin)/Oedipe Roi
(Pasolini),
- Philoctète (Sophocle)/Philoctète (Heiner Muller), etc.
et
- Oedipe Roi/Antigone/Philoctète (Sophocle),
- Antigone/Philoctète (Holderlin, Brecht, Muller, Straub-Huillet),
etc.
La direction des travaux pose le concept du mythe de l'Oedipe, en
termes d'interdit fondateur pour l'humanité, comme principale force à
l'oeuvre pour que la dimension de l'artistique, celle du désir de l'artiste
puisse être posée.
Le séminaire s'ouvre vers des questions de la traduction, de la
langue du texte et de l écriture, et s'adresse de ce fait à d'autres
cursus
d'études: Lettres modernes, Philosophie, Grec, Allemand, etc.,
disciplines artistiques (Cinéma, Poésie, etc.). Il s'adresse
de même aux
professionnels de théâtre "en exercice", aux enseignants
notamment de
théâtre, de langue.
Modalités de la démarche: Lecture de pièces de théâtre; étude
continue de fragments de textes théoriques : Freud, Benjamin,
Adorno, Lacan, etc.. et de lecture de textes de poètes; exposés
des
participants au séminaire.
Le séminaire est mensuel. Les membres du Grete ont assisté à ce
séminaire.
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DE RECHECHE ET D'EXPERIMENTATION THEATRE ENSEIGNEMENT - www.grete.org - Mention
Légale
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