GROUPE DE RECHERCHE ET D'EXPERIMENTATION THEATRE ENSEIGNEMENT
Le GRETE vous souhaite une nouvelle année pleine de projets.
Consultez sur internet le lien: "https://vimeo.com/legrete" - Education artistique et 30 ans du GRETE
ou cliquez sur le bouton: "les 30 ans du GRETE"

FORMER LES JEUNES SPECTATEURS

Notre priorité : développer dès le plus jeune âge une pratique de spectateur sensible. Au centre le spectateur, quatrième créateur après l'auteur, l'acteur et le metteur en scène du spectacle.Et pourtant de nombreuses questions nous agitent:
Pour une école du spectateur ?
Ce "séminaire jeune spectateur", séminaire de réflexion et d'actions fut mené durant une année scolaire (1997).


Plusieurs rencontres ont abordé ces questions
Nous constatons qu’il est souvent plus difficile pour les enseignants d’introduire une démarche de spectateur que de mener un travail théâtral et cela indépendamment des contraintes matérielles ( argent, dé placement...). Que d’interrogations!
Le GRETE favorisant l' élaboration, le suivi et l' analyse d' expériences spécifiques de formation du jeune spectateur. a constaté lors des séances de travail qu’il n’y a pas de recette, tout et son contraire peut à un moment du parcours être valable à condition que l’on soit clair sur l’importance et le sens de ce que l’on fait, et que l’on cherche à diversifier les approches, les formes en particulier du théâtre contemporain.
Il est nécessaire de fabriquer un lieu d’échanges où le sensible, l’intime, la parole individuelle et collective, les repères et le jugement critique puisse s’élaborer et de responsabiliser les élèves afin de parvenir à l’autonomie de leur goût.
• la première étape :
Elle a mis en place les conditions de l' expérience en proposant quelques études de cas et des hypothèses de travail, que faisons nous? Que choisir? préparer ou pas le spectacle avant ? en parler après ? Laisser aux élèves seuls faire la rencontre avec le spectacles ?
« Pourquoi amener les élèves à devenir spectateurs et les former ?
Pour quels spectateurs œuvrons-nous ?
pour former le public de demain sans céder au loisir -marchandise ni à la consommation ?
pour faciliter l’intégration par une pratique culturelle ?
pour décloisonner le monde ou pour quels autres enjeux ? -
Quel est mon rapport au théâtre, mon expérience, mes références.
Permettre l’ échange avec les créateurs avant, après, oui pourquoi et comment?» .M.G.
Nous sommes tombés d’accord, il est essentiel :
- de donner aux élèves le désir de goûter un spectacle,
- de mettre leur appétit et leurs sens en éveil
(mais comment ?)
et d’affirmer le droit de l’élève à l’information, à l’accueil, à la rencontre avec des artistes, à l’expérience de spectateur mais aussi à la pratique artistique.
Ce samedi a rassemblé des équipes d' établissements mais les théâtres ne sont pas venus débattre avec nous pour mettre en place des Ateliers-chantiers : la réception et la parole du spectateur, traces et mémoire du spectacle. Le partenariat devrait être une condition indispensable pour tout projet .
Chaque participant a analysé sa pratique et l'ensemble de ce travail a abouti ensuite à la fabrication d' une FICHE ECOLE DU SPECTATEUR

• la deuxième étape a abordé les "traces de spectacle" (voir expériences d'actions).
Elle a permis de travailler sur des textes écrits par les élèves sur des spectacles vus: par exemple un groupe avait choisi avec leur professeur d‘écrire à partir d’une structure de PEREC «je me souviens» et de réaliser un montage entre trois classes. Une lecture mise en espace s’est déroulée lors du Côté public de Mars sur «la mémoire du spectacle en relation avec l’exposition de J.B. DORVAULT que nous avons choisi de confronter à la mémoire des élèves .
• la troisième étape :
Elle a rassemblé différentes expériences sur les traces que laisse un spectacle et la manière de leur donner forme à l’école.
Lors de la journée «Carrefour des Arts» à partir du spectacle «Journal de bois», nous avons demandé une réalisation photographique à J.B. DORVAULT en même temps qu 'aux élèves et ce travail a débouché sur la décision de demander des traces à chacune de nos actions.

« UN LABORATOIRE DU SPECTATEUR» !
Ou comment inciter à la pratique du spectateur ?
Ou de l’information à la mise en place de dispositifs dans le cadre du GRETE:
(M.G.)
D’abord faire du théâtre ne peut exister ni progresser sans voir des spectacles.
Pensant que la démarche devait être personnelle et non scolarisée j’ai à l’origine informé les élèves des spectacles intéressants que j’irais voir, les invitant à s’y joindre; seuls quelques curieux et des élèves initiés à cette pratique par leur milieu m’y rejoignaient. Un questionnaire (1980) sur l’ensemble du lycée Artaud montrant l’absence de cette pratique, je proposais une sensibilisation aux métiers du théâtre en invitant à une journée tous les théâtres de la région dans le cadre des 10% (qui n’ont toujours pas disparu) en même temps un projet a permis de développer l’accès au théâtre : des élèves géraient information et billetterie dans le cadre du foyer.
Nous organisions des rencontres autour des spectacles avec les créateurs. Au théâtre du Merlan, grâce à la subvention obtenue de la Ville de Marseille, le tarif était bas (mais le billet indiquait le prix réel).
Le bilan a mis en évidence différents points de vue :
pour nous c’était positif, plus de cinquante élèves avaient vu un spectacle et une trentaine plusieurs, ils avaient assisté aux rencontres seulement lorsqu’il s’agissait des créateurs et ils s’ ennuyaient quand il s’agissait des seules relations publiques.
Pour le théâtre c’était infime “un professeur doit savoir convaincre les élèves, les motiver”.
Cette vieille expérience nous réintérroge à un moment où se développent les jumelages; soyons vigilants, exigeants car il ne s’agit pas de former un spectateur consommateur : diversifions les approches, cherchons la singularité dans les expériences pour faire découvrir l’art en kit et emballages préparés (apparemment plus commodes pour le suivi des institutions) seraient un grave recul. Toute démarche partenariale doit mettre au centre de la négociation la spécificité des trois partenaires : le théâtre et son équipe, l’établissement avec des enseignants et des élèves ; ce qui compte : le parcours et la qualité ; c’est ainsi que la quantité pourra être atteinte sans bévue.
Un dispositif qualitatif : «la carte Passe-Théâtre».

Voir des spectacles est-il à coup sûr formateur ? Cela dépend des conditions. C’est le point de vue du GRETE en 1987 dans le point neuf de la plateforme d’orientation théâtre et enseignement en dix points.
Le GRETE depuis 1987 propose “le faire et le voir” comme essentiel et met en place en 1988 une politique pour les associer dans une démarche qualitative de contrat entre le GRETE, un théâtre, une équipe enseignante et des élèves spectateurs potentiels.
Refusant l’abonnement, fidélité à un théâtre et non ouverture au théâtre, refusant un spectateur social nous établissons une libre circulation du jeune spectateur entre différents théâtres afin qu’il diversifie et enrichisse son rapport au théâtre dans une démarche individuelle avec l’ensemble du public et nous lui proposons une sensibilisation à la création contemporaine et des échanges avec les créateurs avec la carte Passe-Théâtre GRETE (5F) (3).
En effet la carte Passe-Théâtre n’est pas une carte de réduction même si elle permet d’accéder alors au tarif de 30F (4). (On peut aussi rappeler le prix réel et dire qu’un système permet cette réduction pour une plus grande accessibilité aux spectacles).
Elle propose un contrat avec les théâtres qui sont favorables à cette politique de développement culturel (seulement deux théâtres à Marseille avaient refusé) ou aménager les conditions, qui acceptent à la fois de prendre à leur compte le manque à gagner sur le privé une démarche qualitative en offrant visites, rencontres, les enseignants sont relais et s’engagent à proposer débat et écriture sur les spectacles. Le GRETE organise un “Côté Fauteuils” qui permet aux jeunes des différents établissements d’élaborer leur propre parole sur les spectacles vus, en présence des représentants des théâtres .
Ainsi se développe chez le jeune spectateur la conscience de sa responsabilité, qu’il a un rôle essentiel dans la représentation, qu’il fait parti du spectacle comme d’ailleurs de la cité, dont il sera citoyen.
Et entre les théâtres et les enseignants, un projet commun de formation culturelle du futur citoyen.

Une école du spectateur mode d’emploi ?
Il n’y a pas de recette : tout et son contraire peut à un moment du parcours être valable à condition que l’on soit clair sur l’importance et le sens de ce que l’on fait et que l’on cherche à diversifier les approches.
J’ai beaucoup essayé et je reviens à des choses simples que l’on peut tous faire dans le cadre des projets culturels par exemple.
Préparer ou pas le spectacle avant ? en parler après ?
Craignant mes propres filtres, j’ai envie de leur laisser faire leur rencontre avec le spectacle. mais comment leur donner le désir de le goûter, mettre leur appétit et leurs sens en éveil ?
Par exemple en faisant des rencontres avant avec des créateurs sur leur métier, et pas forcément sur le spectacle qu’ils verront, en les mettant en relation avec l’”entreprise théâtre” : avec les équipes de l’administration, de la technique et de la création en leur proposant un stage dans l’entreprise, une semaine de festival théâtre.
En ne leur racontant pas l’histoire pour les laisser la découvrir, pour ne pas fausser leur approche quand ils verront du théâtre contemporain sans fiction.
Ni peut-être le sens du texte, des thèmes ou au contraire en improvisant sur les thèmes, la situation ; une musique, un début de scène : interrogeons toutes les possibilité, (qui est là, qui entre et s’il est assis…)
Une même scène avec plusieurs consignes pour plusieurs interprétations, ou simplement lire à haute voix un passage, construire un personnage, apporter une image...
Voir le maximum de spectacles, les former sur le tas
ou faire peut-être chaque année une vraie expérience d’école du spectateur en même temps avec une équipe de création dans toutes les phases : rencontrer le metteur en scène (Chatôt-Vouyoucas) quand il décide de faire un spectacle avec tel texte et telle équipe (L’Echange de Claudel) avant toute répétition pour qu’il fasse découvrir son désir, ses enjeux, pourquoi il choisit ce texte, cette équipe, ce qu’il cherche.
En même temps que les élèves ont lu ce texte, ils essaient de proposer un espace par écrit et rencontrent ensuite la scénographe(5) Claude Lemaire avec laquelle ils partagent leurs travaux, leur préparation qu’ils mèneront jusqu’à la fabrication d’une maquette. Ils se confronteront à plusieurs reprises avec la scénographie et leur espace sera interrogé sur ses possibilités de jeu, d’éclairage.
- Préparer une scène qu’ils joueront devant le metteur en scène plus tard
- Assister à la première lecture à la table, à la rencontre du metteur en scène avec son équipe avec laquelle elle doit partager son désir
- Assister à une répétition d’une scène
- Assister à un des premiers filages
- Voir le spectacle
- Rencontrer à nouveau le metteur en scène, les acteurs pour échanger
- Travailler sur leur scène avec le metteur en scène et d’autres propositions.
Un inconvénient : quand ils voient le spectacle il n’y a plus de surprise, mais ils ont partagé la démarche approfondi, les choix de théâtralité (6).
En mai au théâtre du Merlan en tant que responsable théâtre de l’Action culturelle du Rectorat d’Aix-Marseille avec la DRAC PACA, nous organisons dans le cadre du suivi des ateliers et options une rencontre sur le thème “pour une école du spectateur”.
Autour d’une création de François Cervantes et de son équipe de musiciens et acteurs, nous avons proposé aux élèves, des approches d’ origines différentes pour un même spectacle, en leur faisant rencontrer par petits groupes l’équipe de création, une sémiologue, un psychologue, des producteurs diffuseurs, la parole critique de journalistes…et dans un Côté Fauteuils leur propre parole a pu s’élaborer. (Ces ateliers avaient déjà été testé avec des adultes).
Nous avons insisté en préparant cette rencontre qu’il s’agissait de favoriser l’aventure artistique et non pas une méthodologie immuable qui scléroserait une approche qui doit rester sensible et en renouvellement.
Inventons des parcours autour des spectacles avec les artistes sans oublier la philosophie, la technique, la critique, l’histoire…
L’école du spectateur ne doit pas être une institution de plus avec des certitudes pour un nouveau regard.
J’ai découvert par l’expérience que “faire ou voir” du théâtre et ce qu’on y apprend est spécifique au niveau de l’objet, au niveau culturel et surtout au niveau du sujet ce que j’ai d’avantage développé.

Rappelons quelques effets bien connus du théâtre et le rapport auspectacle :
- des apprentissages à la vie sociale, le respect de l’autre, convivialité, maîtrise de soi, vivre ensemble, découverte de sa propre culture et d’autres cultures, responsabilité, autonomie.
- des apprentissages culturels : culture artistique, mais aussi appartenance à une mémoire culturelle et donc à une société, apprentissage de la critique :
- le développement personnel : connaissance de soi, développement de l’imagination, de l’expression, du rapport au corps, à l’émotion et au symbolique
- sans oublier les apprentissages fondamentaux : la langue (lire, écrire, parler)…
et au niveau du sujet : mettons au centre une expérience singulière du sujet et non plus l’élève, éveillons l’être à lui même, à la fonction symbolique, osons dire que le théâtre ne sert à rien, et rien à l’école et qu’il est essentiel ; osons le partage que propose cet art, osons la perte : celle du temps, des savoirs pour mieux rencontrer l’être et tout enseignant devrait faciliter cette rencontre des jeunes avec le théâtre.
Mais quels spectacles leur faire rencontrer, pour former quels spectateurs ?Ecole du spectateur: Que choisir ?Enseignante je dois m’interroger : pourquoi aller voir telle représentation ou telle autre et avec tel groupe ?
Choisir une pièce du programme pour quel projet ? Quels objectifs ? quels enjeux ?
Une pièce contemporaine ?
Permettre l’ échange avec les créateurs avant, après, pourquoi ?
Quel est mon propre rapport au théâtre, mon expérience, mes références ?
Pourquoi former les élèves à devenir spectateurs ? et pour quels spectateurs oeuvrons-nous ?
le spectateur à la recherche d’un divertissement ?
le spectateur mondain à la motivation sociale ?
l’amateur éclairé critique, le spectateur au courant et cultivé témoin de son époque ?
le spectateur curieux, disponible prêt à voir une représentation à chaque fois comme un événement ?
pour former le public de demain ?
pour intégrer, par une pratique culturelle ?
pour décloisonner le monde ou pour quels autres enjeux ?…
Et l’âge de mes élèves ? comment décider qu’ils voient ou pas telle pièce. Si amener les élèves au théâtre c’est aussi pour qu’ils se révèlent en tant que sujet. Si je crois qu’au théâtre quelque chose m’atteint, me frappe, que de cette expérience je peux espérer l’ébranlement de mon rapport au monde, qu’après ce spectacle je ne serai plus jamais la même, alors quels risques puis-je prendre quand je suis pédagogue.
Quels spectacles le permettront-ils, sont-ils trop rares pour que les élèves fassent cette expérience, la rencontre avec une oeuvre, un texte, une langue qui n’appartient qu’à un seul et qui ne sera jamais mienne ; apprendre au spectateur à écouter cette voix unique, une voix unique et une interprétation celle du spectateur, qu’aucune vérité ne peut garantir. Et si le spectacle ne permettait pas de comprendre le monde mais seulement de l’interroger ?
Du théâtre, lieu d’où l’on regarde, jeu de symbolisation, le spectateur construit son spectacle et refait à reculons le parcours de la création et c’est en cela qu’il est important, gratuit et essentiel.
Enseigner ce n’est pas seulement donner des connaissances, une culture mais surtout s’adresser à l’être pour qu’advienne un sujet, lui donner des repères, l’expérience du relatif, du singulier, de l’altérité pour qu’il puisse vivre avec les autres, la modernité, dans un monde où le sens se dérobe, sans être déstabilisé, pour qu’il puisse affronter la béance, le vide, sans de faux remplissages.
Devenons des passeurs de théâtre où identité et dialogue empêcheront que des murs se dressent, que des ghettos se construisent.

 



GROUPE DE RECHECHE ET D'EXPERIMENTATION THEATRE ENSEIGNEMENT - www.grete.org - Mention Légale

ECOLE DU SPECTATEUR
Séminaire
jeune spectateur